Samedi 15 mars 2008

Depuis ce soir (15/05/2009), le roman Colors est disponible
sur le site des
Editions Edilivre


Voir le lien consacré :
http://www.edilivre.com/doc/11199






Le livre est en instance de dépôt à la BNF.

D'ici 45 jours, je recevrai le document officiel attestant de la publication
 et de la protection du manuscrit.

A partir de cet instant, le roman sera disponible auprès des grandes enseignes
(Amazon, Alapage, etc.) et sur le réseau DILICOM (réseau des libraires).



Merci aux éditeurs, lecteurs ... et acheteurs ?

Par Philtomb - Publié dans : News - Communauté : les couleurs dans notre vie
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Vendredi 4 juillet 2008

Rien n'est jamais fini...

 la preuve, après avoir été sélectionné par le Comité de Lecture des Editions Edilivre (http://www.edilivre.com/), le roman Colors sera prochainement commercialisé et disponible dans
tous les "réseaux" concernés
 (Fnac, Cultura, Chapitre, etc.).


A suivre donc,
pour une rédecouverte...


De mon côté, je travaille sur d'autres projets (4 ouvrages en rapport avec la Bande Dessinée, chez différents éditeurs), dont vous pourrez suivre prochainemnt les évolutions sur le blog :
http://couverturedebd.over-blog.com/


Amicalement à tous les Lecteurs qui ont les yeux ouverts.















Ce récit sera un échange de vérités, de fictions et de couleurs.

Premier roman. Thématiques éternelles et jamais traitées s'y croisent...


 




Vous avez le droit de ne pas être intéressé, mais le devoir d'être curieux.

Ouvrez les yeux.

Voyez !



Ce roman est désormais complet :

  fin publiée
 le
Dimanche 21 Décembre...


Voir l'épilogue

(cf. liens dans l'onglet Article récents ci-contre à droite) :

http://colors.over-blog.net/article-25290842.html

http://colors.over-blog.net/article-25537219.html

http://colors.over-blog.net/article-25787034.html


http://colors.over-blog.net/article-26014963.html


Merci aux lecteurs...







"Ils ne se révolteront que lorsqu'ils seront devenus conscients, et ils ne pourront devenir conscients qu'après s'être révoltés."

George Orwell - Extrait de 1984.


"Le peintre ne doit pas faire ce qu'il voit, mais ce qui sera vu."

Paul Valéry


"Le reflet est pour les couleurs ce que l'écho est pour les sons."

Joseph Joubert

 

4 Juillet, date symbolique.

Premiers pas, nouvelle écriture...

Par Icecool
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Vendredi 4 juillet 2008

  1. Panoramique bleu.


  Dans le ciel sans lune de la nuit, des étoiles palpitaient. Enfin, les ténèbres s'estompèrent. Lueur incertaine encore. Des écharpes de brume s'étiraient sur la forêt puis le port. Un grand soleil oriental les dissipa bientôt. Tout étincelait maintenant de rosée. Les toiles d'araignées se transformèrent en chapelet de perles marines. Il allait faire chaud ...

  Tout le bâtiment exhalait une senteur étrange de chou cuit, mêlée aux odeurs plus classiques des produits marins. A l'une des extrémités, sur un mur, était clouée une affiche de couleur ciel, très vaste même pour ce grand hangar - ou quoi que ce fût. L'affiche représentait simplement un énorme visage, large de plus de cinq mètres. En dessous, en gros caractères, étaient inscrites les lettres formant le mot "W H I T E". Le président White, bien entendu.

  Mais ce n'était pas l'affiche que contemplaient les yeux de l'homme répondant au nom de Blue, c'était une zone géométrique formée et découpée par l'encadrement des portes coulissantes donnant accès au bâtiment : une ouverture illuminée et presque carrée dans le ciel. Bleue. La teinte azurée était seulement troublée par des espaces plus clairs, qui rendaient la couleur électrique : des nuages.



  2. Encyclopédie des Couleurs.


  PSYCHOLOGIE : une quinzaine de siècles avant notre ère, les rois Assyriens et Mésopotamiens, puis Babyloniens, firent édifier des temples appelés ziggourats, dotés d'escaliers monumentaux somptueusement décorés. Chaque marche était peinte d'une couleur différente, destinée à symboliser la diversité des états d'âme. De nos jours, la psychologie des couleurs rejoint en quelque sorte cette conception. Nos psychologues n'hésiteraient plus à nous dire "Dites-moi quelles couleurs vous préférez et je vous dirai qui vous êtes ...".




Sources : http://www.maquettes-historiques.net/page107.html

Extrait de la préface de La vie en couleurs
par Arthur RAINBOW.

Par Icecool - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs
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Samedi 5 juillet 2008

  3. Light Blue.


  Light - c'était son prénom - s'était assis, appuyé dos à une caisse en bois. Il avait les yeux soudés par le vent salin qui s'était levé, et une poudre sableuse et humide à la fois dans la bouche. Mais il se remit à penser, le regard fixé sur l'horizon bleu ardoise.

  - Je me souviens ... Je me souviens d'autre chose. Mais quoi ? Oui, oui, c'est cela ... des mots qui le dérangeaient. Bleu, blanc et rouge ...

  "Bleu", il le comprenait, naturellement ; tout comme "blanc", le nom de son président dans l'ancienne langue. Mais "rouge" ? Il n'en voyait absolument pas la signification ni ne savait ce que c'était, bien qu'il sache que ces trois mots réunis, la Couleur, le Nom et le terme inconnu, avaient autrefois représenté quelque chose de fort, pour lui ou son pays. Un symbole peut-être.

  - Une partie de ce mot, une bribe, vite maintenant, vite ... avant que tout ne s'échappe, que le choc ne les disperse, avant que l'ouragan ne s'apaise. Le mot. Rouge. Oui.

  Il répéta le mot en silence, à plusieurs reprises sans peine : il surgissait sans effort dans sa mémoire . Et pourtant vint le moment où il le prononça mal, puis celui où il l'oublia.

  Mais il savait qu'il existait.

 La brûlure causée par le mot inconnu s'était maintenant éteinte. Light Blue reprit sa marche sans entrain. Il se demandait s'il en reviendrait un jour à y penser.

  Tout d'un coup, il se remémora la première fois ... Le mot ignoré n'était apparu qu'en second ... C'était un livre particulièrement beau. Son papier bleuté et lisse, un peu affadi par le temps, était d'une qualité qui n'était plus fabriquée alors, depuis dix ans au moins. Il l'avait vu traîner à la vitrine d'un bric-à-brac moisissant, dans un sordide quartier de sa zone, rasé et reconstruit depuis. Il se souvenait de l'enseigne dont il ne restait plus que quelques lettres au sens incompréhensible : L . . RAI . I . . Mais, plus que tout, c'est le titre de l'ouvrage qui l'avait attiré. Il s'intitulait "Art et Couleurs". Cependant, il n'avait jamais pût se le procurer.

  Le gouvernement White avait décidé de moderniser le quartier, à grands coups de pelleteuses et d'explosifs. La poussière s'était déposée pendant une semaine sur les maisons et les fleurs. Des bleuets. Une espèce très commune dans le coin, d'ailleurs.

  Au loin, Light discernait un cube illuminé et baigné de soleil. Il hâta le pas.



  4. Ailleurs.


 Marcher ne lui suffisait plus, il fallait qu'il court, qu'il court à en perdre haleine. Essoufflé, il déboucha soudain sur une place inondée de lumière. Tout autour, ce n'étaient que maisons anciennes, avec colonnes, frises, balcons sculptés, fenêtres ornées d'une dentelle de pierre d'un somptueux effet baroque. Mais ce n'était pourtant pas ces façades qui resplendissaient le plus. Même en plein soleil, elles semblaient encore mornes et obscures. Car les feux de centaines de projecteurs convergeaient sur un cube de cinq cents mètres de côté, qui se dressait au milieu de la place. Ils restaient allumés jour et nuit. Les quatre faces du cube étaient rigoureusement identiques : elles étaient d'un jaune citron, admirablement polies. Au zénith, on les eût crues de marbre doré.

  Aucune fenêtre ne les perçait depuis le bas jusque en haut, mais, au niveau du sol, chacune était pourvue d'une large porte carrée, accès des personnes et des véhicules. Sur une des faces s'étalaient en lettres chromées jaunes les mots "Présidence et Ministère White". En dessous, on distinguait le slogan préféré du gouvernement : "White défendra toujours vos couleurs".

  Ce bâtiment carré était le principal centre administratif du pays. Lemon Yellow ne s'attarda pas. Il passa en trombe devant l'œil circonspect des vigiles et s'éloigna rapidement. Il voulait rentrer chez lui. Il voulait les voir. Il voulait les lire. Les mots interdits.


 

Par Philtomb - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs
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Dimanche 6 juillet 2008

 

  5. Encyclopédie des Couleurs.

 CODE SYMBOLIQUE : LE JAUNE : du latin galbinus, qui désigne une couleur placée après le vert pâle, de la teinte du citron, du soufre ou de l'or. Le jaune, situé dans le spectre solaire entre le vert et l'orangé, est également une des couleurs primaires. Associé à sa couleur complémentaire, le violet, le jaune donnera du blanc. Symboliquement, c'est la couleur de ceux qui partagent de grandes idées, qui ont confiance en leurs moyens : c'est celle des humoristes et des inventeurs. 

 

























Les Tournesols (Vincent Van Gogh)

Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tournesols

Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.
 



  6. Trésors.

  La maison de Lemon réunissait plusieurs caractéristiques anodines au premier abord, mais que son propriétaire avait vite su exploiter à l'insu du voisinage ou des regards curieux, ce qui n'était pas aussi simple que ce tout un chacun pouvait s'imaginer. C'était une vieille bâtisse de deux étages, construite à l'écart de la ville, presque au milieu d'une ensemble de vastes champs céréaliers s'étirant à l'horizon jusqu'au mur ceinturant la zone. L'uniformité jaunâtre n'était troublée çà et là que par une très légère brise marine, qui amenait de légers grains de poussière sablonneux jusqu'à la lisière de la forêt, ou encore par l'agitation de quelques oiseaux s'ébrouant et lâchant un sifflement aigu entre deux rangs d'épis dorés. Ils rappelaient d'ailleurs - et fort heureusement - à Lemon de s'occuper de son propre couple de canaris. Sans leurs congénères, les serins seraient morts de soif depuis une éternité.

  Lemon appréciait l'isolement, le calme et la relative fraîcheur de sa maison, lorsque le soir arrivait. Les murs jaunes argent étaient au moins aussi éclatants que le cube présidentiel qu'il venait d'apercevoir il y a dix minutes : orientée vers l'ouest, sa maison faisait plus que réfléchir le rayonnement solaire.

  Après avoir jeté un œil en coin à sa boite aux lettres, et l'autre vers la rue en direction de la ville pour voir s'il n'y avait pas une voiture banalisée en poste d'observation, Lemon s'engouffra dans son couloir pour jaillir dans le salon puis sa chambre. Celle-ci aurait été décidément trop vide et trop terne sans ses murs illuminés de confetti et de fusées jaune d'or et œuf, de femmes aux robes tissées d'or et d'hommes en velours sombres sortant des lapins de cinquante kilos de chapeaux d'argent étincelants.

  Les mains de Lemon Yellow déplacèrent aisément le lit d'un bon mètre en direction de la porte et du couloir menant vers la cuisine, puis, délicatement, elles cherchèrent à tâtons les limites du carré découpé dans la moquette jaunâtre recouvrant tout le sol de la pièce. En dessous se trouvait encore le plancher dont les lames avaient été soigneusement sciées et ajustées, et que seuls des doigts entraînés pouvaient déplacer, ce qu'ils firent ...

  Au-delà se trouvait l'endroit le plus précieux de tout l'univers de Lemon.

  La cachette contenait ses trésors. Et eux-mêmes contenaient peut-être une richesse encore plus inestimable pour tous les êtres vivants de la zone.

  Les doigts de Lemon soulevèrent un à un plusieurs livres. Tous étaient prohibés et strictement "réservés à l'usage du personnel administratif qualifié", selon les termes du gouvernement White. Mais Lemon savait que ce n'était pas les livres en eux-mêmes qui étaient défendus, mais uniquement leurs titres. Des titres originaux et non modifiés.

  Parmi ces derniers, que Lemon s'évertuait à déchiffrer un par un comme s'il ne les avait jamais vu ou su auparavant les lire, on trouvait Le rouge et le Noir de Stendhal, Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle, La ligne verte de Stephen King, ainsi que des titres de récits imagés qu'il appréciait particulièrement, comme Le lotus bleu ou La marque jaune. En fait, les ouvrages étaient peu nombreux, moins d'une douzaine, sans doute parce que les auteurs employaient assez rarement ce genre de titres, notamment pour les romans, un genre que Lemon avait appris à connaître et à aimer.

  Les mots l'impressionnaient et l'effrayaient à la fois. Il était conscient de n'en savoir que deux, "jaune" et "noir". Les autres lui étaient étrangers, mais, avec le temps, il avait compris que c'était parce qu'on ne lui en avait jamais enseigné ou montré le sens.

Par Philtomb - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs
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Lundi 7 juillet 2008

  7. Orange amère.

 
  L'homme avait perdu connaissance.

 Sa position inconfortable, le manque d'air, ou l'angoisse de ce qui l'attendait, avait fini par avoir raison de lui. Lorsqu'il ouvrit les yeux et essaya de bouger, sa première impression fut celle d'une douleur intolérable dans tous ses membres, qui étaient complètement engourdis. Des millions d'aiguilles, lui sembla-t-il, lui entraient dans les bras et les jambes. Il serra les dents pour ne pas pousser un gémissement.

  - Se sent-il mieux ? prononça une voix rude mais claire.

  - Il se sentirai mieux si vous le détachiez, répliqua l'homme, à qui l'usage de la mémoire et de la langue revenait plus vite que celui du corps.

  - Il n'est plus attaché, reprit la voix. Il est parfaitement libre de ses mouvements.

  - Où est-il, alors ?

  - Sur une couchette, à l'infirmerie de l'aéroport présidentiel White. Le pilote de l'avion aurait dû le libérer plus tôt. Il est en prison.

  - Qui ? Moi ?

  - Non, le pilote. C'était une faute de service impardonnable.

 - Vous êtes bien gentil de vous inquiéter à ce point de mon confort, mais enfin ce n'était pas une raison pour boucler le pilote ...

  - Il ne s'agit pas de confort. Sa vie est précieuse à notre pays.

  - La vie du pilote ?

 - Non, la sienne. Excusez-moi, mais, s'il est remis, je vais avoir l'honneur de l'accompagnez au cube présidentiel.

  L'homme n'avait plus que quelques milliers d'aiguilles dans les doigts et les orteils. Il secoua énergiquement la tête pour remettre ses idées bien en place : White, le gouvernement, une dictature efficace, nouvelle et impitoyable, puis sa fuite ... ratée à l'évidence. Un choc : son geste de la tête, mal interprété ...

  Il aurait été impossible à quiconque de voir le corps embarqué dans une puissante voiture noire qui attendait, le moteur tournant. Le passager transféré de l'infirmerie à la voiture n'eut qu'une sensation : une odeur étrange d'orange flottant dans l'air. Puis les portes claquèrent et le véhicule s'élança.



  8. Encyclopédie des couleurs.

 
  ART GREC :
les anciens grecs ne s'attachaient pas, comme nous, aux nuances chromatiques, mais à la qualité de la lumière, à son rayonnement, à son intensité et à sa netteté. Ils classaient les cent cinquante termes de couleurs de leur vocabulaire en deux catégories : les teintes brillantes, vives, vivantes, et les teintes mates, sombres ou mortes.    Un adjectif comme xanthos, par exemple, que nous traduisons paresseusement par "blond", se trouve appliqué aux réalités les plus différentes et qui nous paraissent tantôt dorées, tantôt rouges et même vertes. Le mot se traduirait bien mieux par "clair" ou "lumineux".

  La pourpre pouvait être violette, rouge, verte ou jaune : on n'en appréciait, au cinquième siècle avant notre ère, que l'éclat, la luminescence. Athéna glaukôpis n'avait donc pas des yeux "glauques", ni "pers" - une couleur intermédiaire entre le bleu et le vert - ni "de chouette", à l'image de l'animal personnalisant sa réflexion et sa ruse, mais brillants et étincelants.

  Ajoutons enfin que, pour les grecs de l'époque classique, les conventions de l'Art faisait du rouge en teinture le symbole de la vie, et du bleu le symbole de la terre ou des objets inanimés.




Le Parthénon et ses couleurs reconstituées virtuellement.

Sources :
http://arts.ens-lsh.fr/peintureancienne/index.htm et Iowa State Univ. VRAC.

Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.

 

Par Philtomb - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs - Communauté : les couleurs dans notre vie
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Mardi 8 juillet 2008

  9. Fondu au bleu.


  Light Blue débouchait enfin sur la vaste place illuminée par les projecteurs présidentiels lorsque son attention fut perturbée par la cloche puis les voix du glacier et des vigiles qui s'approchaient.

  Ce glacier, dont Light appréciait les sorbets, comme tous les membres du personnel travaillant dans le cube qui pouvaient s'offrir ce plaisir simple, mais dont il ignorait le nom, venait quotidiennement s'installer sur le côté Est de la place. Bien sûr, les divers produits qu'ils pouvaient vendre étaient au premier regard tous semblables, mais on apprenait vite à les apprécier pour leurs goûts si différents les uns des autres.

  Lors de la courte pause de la mi-journée, Light devenait comme beaucoup de ses collègues un adepte de la glace. Son parfum préféré s'appelait bleu roi, mais le marchand lui avait un jour discrètement fait savoir que l'on pouvait aussi le prénommer vanille ...

  Actuellement, le glacier était en vive conversation avec trois hommes habillés en noir et qui étaient les gardiens de la face Est du cube bleuâtre.

  Comme chaque jour, ils surveillaient le marchand de loin lorsqu'il arrivait à la première heure et qu'il s'installait. Puis, ils l'apostrophaient afin de vérifier sa licence personnelle et, enfin, ils essayaient de lui soutirer gratuitement sa marchandise, avant de retourner à leur poste, sous l'œil envieux de leurs collègues muets et immobiles des faces Nord et Sud.

  Light, déjà peu en avance, marcha rapidement jusqu'à une porte carrée, à la base de la façade du cube, et s'y engouffra avec un soupir profond mais parfaitement inconscient.

 
 Peu de gens pouvaient s'en douter, mais l'intérieur du cube, quoique strict, offrait un cadre certainement beaucoup moins sévère que ce que l'on pouvait ressentir une fois dehors, à la vue de ce vaste bloc dépourvu d'ouvertures et fortement gardé. Le visiteur novice, une chose rare mais possible, aurait tout d'abord remarqué une odeur spécifique dans l'air, qui n'avait rien à voir avec le parfum artificiel classique que pouvait diffuser l'aération d'un centre administratif aussi important, ni avec celui des bureaux, du papier ou des fleurs d'ornements : c'était une odeur d'orange, qu'émettait en permanence une vaste serre vitrée de trente mètres de côté, située au milieu du rez-de-chaussée de la structure cubique. Les arbres à feuilles persistantes, amateurs de températures chaudes, qu'abritait la serre, proliféraient sous l'œil admiratif du président White. Nul ne savait ni ne connaissait les raisons de cette passion, mais une chose était certaine : la serre était un endroit unique, où le président aimait à se ressourcer, et les arbres qui y croissaient offraient des fruits introuvables ailleurs.

  Tout autour de la serre avaient été aménagés la voie de circulation, les parkings et les bâtiments d'utilité générale. Les premiers servaient aux véhicules noirs des services de sécurité de la présidence, tandis que les bâtiments, constitués d'un bureau d'accueil, d'une infirmerie, d'un poste de garde et d'une salle de repos, étaient spécialement réservés aux membres du personnel ou aux rares individus admis à l'intérieur du cube.

  Du bureau d'accueil, l'éventuel visiteur n'avait plus qu'à se laisser guider par les panneaux d'informations pour se rendre, selon son choix, dans une des quatre grandes sections administratives : Light Blue obliqua à son habitude vers l'aile Sud par les ascenseurs qui menaient au premier étage, et à la sous-section Archives cinématographiques du Ministère de la Culture White.





Héraclès et les pommes d'or (oranges) du Jardin des Hespérides

Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pommes_d'or_du_jardin_des_Hesp%C3%A9rides 

 
 10. Noir et White.


 La lumière solaire était maintenant plus qu'aveuglante, mais il était cependant hors de question que le chauffeur soit en retard sur l'horaire fixé par le président lui-même. L'homme évanoui à l'arrière était encore un invité de marque. Dans tous les cas, c'était pour le gouvernement un être exceptionnel. C'était même "l'exception" du système White ...

  L'aéroport se trouvait tout près de la capitale - à vrai dire l'unique ville du pays - dont les longues rues bordées de maisons à un ou deux étages s'étiraient indéfiniment. De jour, des queues de cinquante personnes et plus stationnaient devant les boulangeries et les épiceries
Comme la voiture sombre passait devant une de ces boutiques, un vigile au blouson noir rayé d'une barre blanche - un officier - parut soudainement sur le trottoir et poussa un cri rauque. La queue se dispersa. Les gens s'en allaient la tête basse, l'air morne, portant leurs filets vides mais sans un mot.

  Le véhicule officiel remonta la longue avenue qui menait au centre du pouvoir. A une dizaine de mètres de l'une des portes carrées, la voiture stoppa presque puis accéléra de nouveau dès que la porte se fut automatiquement relevée. L'homme à l'arrière s'était réveillé, en se massant la nuque.

  Lorsque la voiture fut passée, la porte d'acier retomba avec le bruit sourd d'un couperet de guillotine.

- Eh bien, dites donc, fit l'homme d'un ton naïf, ce n'est pas folichon, votre petit club !

  Personne ne lui répondit. L'humour n'était pas précisément le fort des blousons noirs impersonnels.

  Il pensa alors à l'endroit où il était : au sein du régime White, le lieu d'où les idées, les hommes et les couleurs étaient dirigés, codés et attribués. Un lieu absolu et implacable, de vie et de mort.

  Lui, au moins, était encore libre, puisqu'il connaissait toujours le sens du mot "couleur".

 

Par Philtomb - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs - Communauté : les couleurs dans notre vie
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Mercredi 9 juillet 2008

11. Emerald.


  Lorsque Emerald franchit le seuil de sa classe, elle constata que la salle avait été réagencée pour accueillir plus aisément la trentaine d'élèves de l'année. Seule la tapisserie d'un vert anglais, décorée sobrement, subsistait.

 Désormais, cette salle, à première vue, allait être polyvalente : les réserves d'encres vertes et les livres anonymes pour les cours littéraires, les produits liquides aux couleurs saumâtres ainsi que les légumes et fruits crus pour les sciences, et, enfin, les diverses cartes géographiques, économiques et historiques de la zone forestière pour les autres matières.

  L'estrade avait été rehaussée et le tableau muni de feutres verts foncés neufs. Pour l'instant, les fenêtres demeuraient ouvertes en permanence, en raison de la chaleur excessive et afin d'évacuer les dernières odeurs des travaux de réfection achevés. Décidément, pensa Emerald, ils allaient tous apprécier, pour une fois, que ce soit à leur tour d'effectuer une partie des cours en plein air, et peut-être même dans les bois environnants.

  Emerald Green avait dix-sept ans, un caractère vif doublé d'une intelligence naturelle, mais aussi l'habitude tenace de rêvasser en classe, ce qui en faisait une élève moyenne dans la plupart des matières. Toutefois, ses rêves faisaient d'elle un être plus complexe que le commun de ses camarades, souvent moins observateurs, mais qui savaient respecter le caractère unique d'Emerald.

  Cette fois-ci, bizarrement, elle songea à deux choses : les arbres et le mur de sa zone. Et ces deux choses s'imprimèrent dans sa mémoire pour y mûrir.




12. Télévision jaune.


  Les doigts remirent aussi habilement qu'ils l'avaient enlevé le morceau de moquette jaunâtre : les livres de Lemon étaient de nouveau à l'abri.

  Celui-ci s'efforça de réciter les mots à haute voix :

- Jaune. Noir ... Rouge et Blau ... non, non ... : Bleu, oui, voilà ...

  Non, personne de sa zone ne savait, ne pouvait savoir, ce que les deux derniers mots signifiaient.

  Longtemps, il resta à regarder les épis d'or, par la fenêtre qui donnait sur le panorama horizontal des champs céréaliers écrasés sous une poussière soufrée. Où pouvaient se trouver le Bleu et le Rouge dans ce qu'il voyait ?

  Après tout, l'explication était simple : soit il n'y en avait pas, comme dans les dictionnaires qu'il avait pu lire, parce que ces mots étaient obsolètes aujourd'hui, soit il s'agissait d'un oubli mineur. Mais Lemon n'était absolument sûr ni de la première ni de la seconde explication. Il resta encore à réfléchir, puis, au bout de vingt minutes, appuya sur le bouton de la téléperception. L'image sembla brouillée pendant une seconde puis devint claire sur l'écran plat.

 L'unique chaîne passait un vieux film en noir et jaune de 1990.

 Il préféra éteindre ...





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Jeudi 10 juillet 2008

  13. Allumage.


  Quelle heure était-il ? L'homme n'en savait rien : sa montre lui avait été retirée en même temps que ses autres possessions. Il lui semblait qu'il y avait des jours et des semaines - en réalité quelques heures seulement - qu'il se trouvait dans ce local cubique, aux murs badigeonnés de blanc, sous l'éclairage cru d'un projecteur qui lui brûlait les yeux.

  Quelque part, tantôt devant lui, tantôt derrière, se mouvaient trois personnages, trois ombres, dont il avait appris à reconnaître les silhouettes vagues : un long, avec une voix grinçante ; un gros, avec une voix feutrée ; un bossu, qui intervenait rarement mais toujours pour poser une question-piège. Tout y avait passé : l'enfance de l'homme, son recrutement dans le groupe White, ses convictions, la disparition de ses proches et surtout les causes de la coupure avec le système, ses complices et leurs noms, s'il y en avait. Si l'homme répondait par "je ne sais pas", ou pas du tout, la même question revenait plus tard, sous une autre forme.

  Aucune pression physique ne fut exercée ; la plupart du temps, ses interrogateurs se montrèrent même polis à son égard, ne cessant de lui parler à la troisième personne, ce qui l'excédait. Une ou deux fois, le long glapît des injures ; une ou deux fois, le gros susurra des menaces ; mais les unes et les autres n'avaient pour but que de diminuer la résistance du patient ou de le prendre par surprise. Malheureusement pour eux, la formation psychique de l'homme était désormais à toute épreuve. Plus rien, dans le monde construit par le nouveau président, si tant est que l'on puisse appeler par ce terme un individu comme White, ne pouvait pousser ni conditionner l'homme à répondre ou à s'avouer vaincu.

  Ce dernier sentait la tête lui tourner. Il n'était plus très jeune et n'avait ni mangé ni bu de la journée, ne voulant rien demander de peur qu'on ne crût qu'il s'affaiblissait. Ses yeux, désormais précieux, n'y voyaient plus - un paradoxe, pensa-t-il. L'homme n'avait plus qu'une idée vague du temps qui passait, mais il gardait la conviction que, dans l'interminable tissu de semi-vérités et de savants mensonges que d'invisibles magnétophones enregistraient sous sa dictée, il ne s'était pas encore coupé une seule fois.



14. Encyclopédie des Couleurs.

 


 SOCIETE MODERNE ET TECHNIQUES : la société industrielle apparaît comme une communauté monochromatique ou dialectiquement bichromatique, non seulement parce que le blanc éloigne le noir ou que le rouge éloigne le bleu (comme en témoignent par exemple les indications de chaleur ou de froid pour l'eau, par exemple : on/rouge et off/bleu), mais aussi par suite d'une demande quantitative de la vision de la couleur comme phénomène purement additif ou reproductif.

  La photographie, le cinéma, la télévision témoignent que les progrès techniques et la civilisation industrielle se développent essentiellement en noir et blanc, et rendent peut-être théoriquement secondaire la recherche sur les images en couleurs. Cela explique peut-être la grande sensibilité à la couleur qui se manifeste dans les sociétés postindustrielles, comme on peut aujourd'hui le constater par l'emprise du monde des couleurs et par l'attention qui lui est portée.

  Pourtant, même la photographie monochrome n'était pas, à l'origine, en noir et blanc, mais dans des tons lactés, sépias, bistres, azurés, tels que se présentaient naturellement les simples réactions chimiques du matériel photographique. On situe donc souvent la couleur comme un au-delà du blanc et du noir. Au XIXème siècle, le portrait photographique ne sera accepté qu'artificiellement revêtu de couleurs, de même qu'aujourd'hui on colore les vieux films pour satisfaire le public de la télévision, parfois au mépris des intentions même de leurs réalisateurs. Proposant des solutions au problème de la couleur en photographie, Ducos de Hauron réintroduisit en 1869, dans le développement artistique et technique, une sensibilité au visage humain, à laquelle on hésita à renoncer de crainte de le transformer prématurément en portrait funéraire ...




Vue du Boulevard du Temple (1838 - Louis Daguerre).
On y distingue le 1er homme jamais photographié... par hasard (en bas à gauche).


Sources :
http://www.niepce-daguerre.com/

Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.

 

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Vendredi 11 juillet 2008

  15. Plan bleu.


  Avec le soupir inconscient et profond que la proximité même de la caméra de surveillance ne pouvait l'empêcher de pousser lorsqu'il commençait son travail journalier, Light Blue rapprocha de lui le spectromètre, souffla la fine poussière du crayon optique et habitua ses yeux à la sourde lumière bleutée qui l'entourait.

  Il déroula ensuite puis rassembla quatre morceaux de pellicule émulsionnée et neuve, qu'il posa en face d'autres morceaux de films, impressionnés cette fois-ci : la série de vignettes montrait la mer, légèrement irisée par un soleil invisible, et qui se traduisait pour Light par un fin dégradé de bleus.

  Light examina le bout de pellicule. Tout lui paraissait normal, mais il devait en être sûr. C'est pourquoi il passa comme à l'accoutumée le crayon optique relié au spectromètre sur toute la surface des images. L'appareil, qui servait à étudier les radiations chromatiques d'une manière très poussée, repérait instantanément les différences de gammes de couleurs. Il indiqua à Light que, dans la troisième image, l'écume de la vague devait être modifiée. Blue pianota sur son clavier en regardant les teintes défilées sur son écran, en face de l'image et du coin défectueux agrandi sur son ordinateur. Lorsqu'il eut trouvé ce qu'il cherchait, Light guida la teinte correcte vers l'image, puis l'image vers le film, avant de sortir le tout sur une imprimante couleur spécialisée.

  Le film modifié fut stocké un moment dans une enveloppe opaque, puis envoyé vers une autre sous-section qui l'identifierait comme valable.

  L'ancien film fut immédiatement jeté dans un sas percé dans la cloison, où un conduit l'achemina sans plus tarder jusqu'aux énormes fournaises cachées quelque part sous l'édifice présidentiel.

  Et cette fois-ci, Light ne sut pas s'il devait se féliciter ou essayer simplement d'oublier.




16. En vert et contre tout.


  Il était midi passé quand Lemon monta dans sa vieille Ford pour aller rejoindre son travail. Lorsqu'il mit le moteur en marche et qu'il sortit du garage, il aperçut sa mère debout sur le gravier. La vieille dame cligne des yeux à cause de la lumière de midi ; elle met sa main en visière au dessus de ses lunettes, comme si elle cherchait à reconnaître celui qui conduit la voiture. Pourtant, il n'y a que Lemon dans la villa aux murs jaunâtres - sa mère avait disparu alors qu'il n'avait que sept ans - et cela lui fait une impression étrange, quelque chose de lointain, d'incompréhensible. Alors il détourne les yeux. L'automobile roule sur les gravillons de l'allée, puis les pneus descendent sur la chaussée. C'est peut-être la lumière qui cause cette impression d'étrangeté, la lumière qui brillait sur les cheveux d'un blond extrêmement clair de sa mère, sur le mur doré de la villa, sur les gravillons sablonneux, comme un regard qui scrute avec insistance.

  Un souffle sec et chaud d'été le ramène un instant à la réalité, sous le grand ciel soufré et aveuglant, au dessus des champs et des collines plantés de céréales.

  Tandis qu'il commence à monter vers le haut d'une colline, il regarde ce paysage qu'il aime bien. Il le connaît bien, il sait tout ce qu'il y a, à chaque instant du jour et de la nuit.

  Le ciel est éblouissant : sur les chromes de sa Ford, cela devient un resplendissement de lumière. Le soleil brille une fraction de seconde dans l'âme de Lemon Yellow : il sent alors un étrange vertige, qui le plonge dans le plus lointain de ses souvenirs. Cela creuse un trou douloureux au fond de lui-même, et en même temps cela le soulage et l'apaise, comme s'il s'échappait. Un flash lumineux.

  Son cœur bat fort et vite, et ses mains transpirent sur le volant. Il doit ralentir un peu, se mettre tout à fait à droite sur la chaussée. Sans en être conscient, il fixe de nouveau le soleil pendant un court instant et, pendant ce court instant, Lemon ne vit plus ; il ne vit plus le jaune uniforme mais il aperçut une autre chose, qui n'était ni jaune ni noire. Une forme dans un arbre.





Par Philtomb - Publié dans : Chapitre 1 : la sensation des couleurs - Communauté : les couleurs dans notre vie
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