I. LA SENSATION DES COULEURS (3)

Publié le par Philtomb

 

  5. Encyclopédie des Couleurs.

 CODE SYMBOLIQUE : LE JAUNE : du latin galbinus, qui désigne une couleur placée après le vert pâle, de la teinte du citron, du soufre ou de l'or. Le jaune, situé dans le spectre solaire entre le vert et l'orangé, est également une des couleurs primaires. Associé à sa couleur complémentaire, le violet, le jaune donnera du blanc. Symboliquement, c'est la couleur de ceux qui partagent de grandes idées, qui ont confiance en leurs moyens : c'est celle des humoristes et des inventeurs. 

 

























Les Tournesols (Vincent Van Gogh)

Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tournesols

Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.
 



  6. Trésors.

  La maison de Lemon réunissait plusieurs caractéristiques anodines au premier abord, mais que son propriétaire avait vite su exploiter à l'insu du voisinage ou des regards curieux, ce qui n'était pas aussi simple que ce tout un chacun pouvait s'imaginer. C'était une vieille bâtisse de deux étages, construite à l'écart de la ville, presque au milieu d'une ensemble de vastes champs céréaliers s'étirant à l'horizon jusqu'au mur ceinturant la zone. L'uniformité jaunâtre n'était troublée çà et là que par une très légère brise marine, qui amenait de légers grains de poussière sablonneux jusqu'à la lisière de la forêt, ou encore par l'agitation de quelques oiseaux s'ébrouant et lâchant un sifflement aigu entre deux rangs d'épis dorés. Ils rappelaient d'ailleurs - et fort heureusement - à Lemon de s'occuper de son propre couple de canaris. Sans leurs congénères, les serins seraient morts de soif depuis une éternité.

  Lemon appréciait l'isolement, le calme et la relative fraîcheur de sa maison, lorsque le soir arrivait. Les murs jaunes argent étaient au moins aussi éclatants que le cube présidentiel qu'il venait d'apercevoir il y a dix minutes : orientée vers l'ouest, sa maison faisait plus que réfléchir le rayonnement solaire.

  Après avoir jeté un œil en coin à sa boite aux lettres, et l'autre vers la rue en direction de la ville pour voir s'il n'y avait pas une voiture banalisée en poste d'observation, Lemon s'engouffra dans son couloir pour jaillir dans le salon puis sa chambre. Celle-ci aurait été décidément trop vide et trop terne sans ses murs illuminés de confetti et de fusées jaune d'or et œuf, de femmes aux robes tissées d'or et d'hommes en velours sombres sortant des lapins de cinquante kilos de chapeaux d'argent étincelants.

  Les mains de Lemon Yellow déplacèrent aisément le lit d'un bon mètre en direction de la porte et du couloir menant vers la cuisine, puis, délicatement, elles cherchèrent à tâtons les limites du carré découpé dans la moquette jaunâtre recouvrant tout le sol de la pièce. En dessous se trouvait encore le plancher dont les lames avaient été soigneusement sciées et ajustées, et que seuls des doigts entraînés pouvaient déplacer, ce qu'ils firent ...

  Au-delà se trouvait l'endroit le plus précieux de tout l'univers de Lemon.

  La cachette contenait ses trésors. Et eux-mêmes contenaient peut-être une richesse encore plus inestimable pour tous les êtres vivants de la zone.

  Les doigts de Lemon soulevèrent un à un plusieurs livres. Tous étaient prohibés et strictement "réservés à l'usage du personnel administratif qualifié", selon les termes du gouvernement White. Mais Lemon savait que ce n'était pas les livres en eux-mêmes qui étaient défendus, mais uniquement leurs titres. Des titres originaux et non modifiés.

  Parmi ces derniers, que Lemon s'évertuait à déchiffrer un par un comme s'il ne les avait jamais vu ou su auparavant les lire, on trouvait Le rouge et le Noir de Stendhal, Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle, La ligne verte de Stephen King, ainsi que des titres de récits imagés qu'il appréciait particulièrement, comme Le lotus bleu ou La marque jaune. En fait, les ouvrages étaient peu nombreux, moins d'une douzaine, sans doute parce que les auteurs employaient assez rarement ce genre de titres, notamment pour les romans, un genre que Lemon avait appris à connaître et à aimer.

  Les mots l'impressionnaient et l'effrayaient à la fois. Il était conscient de n'en savoir que deux, "jaune" et "noir". Les autres lui étaient étrangers, mais, avec le temps, il avait compris que c'était parce qu'on ne lui en avait jamais enseigné ou montré le sens.

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