I. LA SENSATION DES COULEURS (7)

Publié le par Philtomb

  13. Allumage.


  Quelle heure était-il ? L'homme n'en savait rien : sa montre lui avait été retirée en même temps que ses autres possessions. Il lui semblait qu'il y avait des jours et des semaines - en réalité quelques heures seulement - qu'il se trouvait dans ce local cubique, aux murs badigeonnés de blanc, sous l'éclairage cru d'un projecteur qui lui brûlait les yeux.

  Quelque part, tantôt devant lui, tantôt derrière, se mouvaient trois personnages, trois ombres, dont il avait appris à reconnaître les silhouettes vagues : un long, avec une voix grinçante ; un gros, avec une voix feutrée ; un bossu, qui intervenait rarement mais toujours pour poser une question-piège. Tout y avait passé : l'enfance de l'homme, son recrutement dans le groupe White, ses convictions, la disparition de ses proches et surtout les causes de la coupure avec le système, ses complices et leurs noms, s'il y en avait. Si l'homme répondait par "je ne sais pas", ou pas du tout, la même question revenait plus tard, sous une autre forme.

  Aucune pression physique ne fut exercée ; la plupart du temps, ses interrogateurs se montrèrent même polis à son égard, ne cessant de lui parler à la troisième personne, ce qui l'excédait. Une ou deux fois, le long glapît des injures ; une ou deux fois, le gros susurra des menaces ; mais les unes et les autres n'avaient pour but que de diminuer la résistance du patient ou de le prendre par surprise. Malheureusement pour eux, la formation psychique de l'homme était désormais à toute épreuve. Plus rien, dans le monde construit par le nouveau président, si tant est que l'on puisse appeler par ce terme un individu comme White, ne pouvait pousser ni conditionner l'homme à répondre ou à s'avouer vaincu.

  Ce dernier sentait la tête lui tourner. Il n'était plus très jeune et n'avait ni mangé ni bu de la journée, ne voulant rien demander de peur qu'on ne crût qu'il s'affaiblissait. Ses yeux, désormais précieux, n'y voyaient plus - un paradoxe, pensa-t-il. L'homme n'avait plus qu'une idée vague du temps qui passait, mais il gardait la conviction que, dans l'interminable tissu de semi-vérités et de savants mensonges que d'invisibles magnétophones enregistraient sous sa dictée, il ne s'était pas encore coupé une seule fois.



14. Encyclopédie des Couleurs.

 


 SOCIETE MODERNE ET TECHNIQUES : la société industrielle apparaît comme une communauté monochromatique ou dialectiquement bichromatique, non seulement parce que le blanc éloigne le noir ou que le rouge éloigne le bleu (comme en témoignent par exemple les indications de chaleur ou de froid pour l'eau, par exemple : on/rouge et off/bleu), mais aussi par suite d'une demande quantitative de la vision de la couleur comme phénomène purement additif ou reproductif.

  La photographie, le cinéma, la télévision témoignent que les progrès techniques et la civilisation industrielle se développent essentiellement en noir et blanc, et rendent peut-être théoriquement secondaire la recherche sur les images en couleurs. Cela explique peut-être la grande sensibilité à la couleur qui se manifeste dans les sociétés postindustrielles, comme on peut aujourd'hui le constater par l'emprise du monde des couleurs et par l'attention qui lui est portée.

  Pourtant, même la photographie monochrome n'était pas, à l'origine, en noir et blanc, mais dans des tons lactés, sépias, bistres, azurés, tels que se présentaient naturellement les simples réactions chimiques du matériel photographique. On situe donc souvent la couleur comme un au-delà du blanc et du noir. Au XIXème siècle, le portrait photographique ne sera accepté qu'artificiellement revêtu de couleurs, de même qu'aujourd'hui on colore les vieux films pour satisfaire le public de la télévision, parfois au mépris des intentions même de leurs réalisateurs. Proposant des solutions au problème de la couleur en photographie, Ducos de Hauron réintroduisit en 1869, dans le développement artistique et technique, une sensibilité au visage humain, à laquelle on hésita à renoncer de crainte de le transformer prématurément en portrait funéraire ...




Vue du Boulevard du Temple (1838 - Louis Daguerre).
On y distingue le 1er homme jamais photographié... par hasard (en bas à gauche).


Sources :
http://www.niepce-daguerre.com/

Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.

 

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