I. LA SENSATION DES COULEURS (10)

Publié le par Philtomb

19. Ombre blanche.


  Soudain, une porte s'ouvrit dans le dos du prisonnier. Une voix étrangement autoritaire retentit et donna des ordres brefs. Le projecteur s'éteignit, et un éclairage normal apparut. L'homme, qui se trouvait assis sur un tabouret de métal scellé dans le sol, se retourna en clignant des yeux.

  Le visiteur, de haute taille, aux cheveux noirs, aux yeux étrangement brillants et au teint hâlé, s'avançait vers lui en tendant la main. Son visage respirait la sincérité.

  Le prisonnier se leva :

- White. Président White, dit-il, je suis bien content de vous voir.

  Il chancela légèrement : dissimuler sa fatigue ne servirait plus à rien désormais. Le président White jeta un regard sur les trois interrogateurs, qui restèrent de marbre. Puis il ricana et lança :

  - Venez, monsieur Rainbow ... Vous devez avoir faim, non ?

  Dans l'encadrement de la porte, l'ombre de White s'éloignait déjà, et son prisonnier, Rainbow, fut forcé de la suivre.



  20. Révélations.


  On ne pouvait apercevoir qu'en de très rares occasions l'intérieur des appartements des membres de la présidence ou des ministères ; celui de White était purement et simplement inaccessible, et toutefois Rainbow s'y trouvait.

  Etait-il donc destiné à voir tout ce que les autres ne verraient jamais ? C'était son destin, en quelque sorte. Rainbow se fit cette réflexion dans un contexte étrange : l'atmosphère générale de l'énorme bloc d'appartements et de bureaux, la richesse et les vastes dimensions de tout ce qui s'y trouvait, les odeurs non familières du parfum ou du tabac, les ascenseurs silencieux et incroyablement rapides qui montaient et descendaient sans secousses, les serviteurs ou les employés, en veste blanche, qui se dépêchaient çà et là sans bruit, tout était intimidant.

  White marchait devant, accompagné d'un petit homme aux cheveux bruns, vêtu d'un uniforme gris recouvert de plaquettes luminescentes et multicolores, qui avait un visage en forme de losange, absolument sans expression. Rainbow pensa que cet homme devait être - et il l'était effectivement - à la fois le garde du corps, le secrétaire et le chef des blousons noirs du président White.

  Dans le passage à travers lequel ce dernier conduisit Rainbow, le parquet était couvert d'un épais tapis ; les murs portaient un papier crème, en adéquation avec des lambris parfaitement blancs. Tout cela était aussi intimidant. Rainbow ne pouvait se rappeler avoir jamais vu un couloir dont les murs ne fussent pas salis par le frottement des corps. Au fond du couloir, Rainbow distingua un mur, ou ce qui semblait l'être, d'une parfaite uniformité métallisée. Dans le mur droit était placé un de ces systèmes de sécurité à reconnaissance digitale, privilégié par les autorités un rien soupçonneuse, maniaque ou cachottière, et dont White était l'archétype, ce qui fit sourire Rainbow : car franchement, qui aurait bien pu avoir accès à ce couloir, là où le simple fait de franchir l'entrée principale du cube présidentiel relevait de l'exploit - ou de bien pire.

  White retira l'un de ses gants et appliqua ses doigts sur l'empreinte digitiforme. Le système numérique calcula et identifia rapidement, puis laissa tomber la réponse : sans un bruit, la plaque métallique se divisa diagonalement et disparut derrière les murs latéraux.

  La pièce dans laquelle ils se trouvaient était longue et éclairée d'une lumière douce. Tout un pan de mur était recouvert par des écrans vidéo : chaque pièce du cube devait avoir une caméra, invisible ou non, reliée à ce terminal. A l'extrémité de la pièce maîtresse du système White, le président s'était assis à une table, sous une lampe à abat-jour vert, avec de chaque côté de lui un monceau de papiers. White discutait à voix basse avec son collaborateur et Rainbow n'en percevait qu'un vague murmure. White se leva délibérément de sa chaise et s'avança vers lui d'un pas assourdi par le tapis bleuté qui recouvrait toute la surface de la salle. Un peu de l'atmosphère officielle semblait s'être détachée de lui, mais son expression était plus sombre que de coutume. Il était maintenant devant Rainbow : l'expression de son visage demeurait encore indéchiffrable. Au fond de la pièce, l'autre homme s'éclipsa.

  Le visage sombre s'adoucit alors soudainement en ce qui aurait pu être une ébauche de sourire :

  - Le dirai-je, ou voulez-vous le dire ? demanda White.
 

  - Je le dirai, répondit promptement Rainbow. Cette chose est-elle réellement fermée ? rajouta-t-il en désignant l'imperceptible ouverture du fond de la salle.

  - Oui. Tout est fermé. Nous sommes seuls.

  - Dans ce cas, je puis te le demander : pourquoi ne m'as tu pas laisser fuir, moi, ton frère ?






Empreinte et trace digitale

Sources :
http://www.espci.fr/esp/CONF/2005/C05_07/conf07_2005.htm

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