II. LE POUVOIR DES COULEURS (7)

Publié le par Philtomb

  11. Flamboyance


 Ailleurs pour Lemon, c'est sa lumière, son ciel, son soleil, ses arbres, ses pierres, ses couleurs.

  Et tout d'un coup, le vertige cesse : il reste debout, immobile, tourné vers la ville immense aux feux clignotants. Il y a la mer, d'un bleu presque noir, dure comme du métal, silencieuse et infinie.

  Lemon ouvre au maximum la glace de la voiture dans laquelle il est remonté, il met le moteur en marche, passe la première et avance. La route est inconnue, mais il sait où il va. Il ne pourra plus l'oublier maintenant. La ville, qui s'éloigne, est solitaire comme le maudit plateau où souffle à sa guise le vent, dirigeant au hasard les grains multicolores. Ce n'est qu'un endroit pour la haine et la peur, l'inconscience et tout ce que Lemon n'est plus. Car il ne fait plus parti de la cité. Il n'y a plus d'endroit pour lui là-bas.

  Il est entré dans la zone de paix, maintenant. La lumière fait monter un frisson douloureux le long de sa colonne vertébrale et fait bondir son cœur. Est-ce qu'il a peur ? Non, ce n'est pas cela, c'est plutôt la peur qui est en lui et qui se répand au dehors, en longs frissons.

  La voiture roule dans une ouverture de lumière, une clarté qui étend son dôme étincelant, pareil à deux ailes d'ange.

  Alors la lumière devient plus douce, trouble un peu, comme à l'approche d'un crépuscule. Le vent siffle sur le pare-brise, dans les roues. La voiture jaunâtre roule vite vers un grand virage. Et à cet instant il y a une explosion de lumière sur la carrosserie d'un poids lourd.
La voiture freina, brusqua à gauche, grimpa sur un accotement à quarante-cinq degrés. Chacun de leur côté, dans un réflexe extraordinaire, Lemon et Emerald bondirent sur le sol et se jetèrent sur le talus montant. Derrière eux, des ombres courraient vers la voiture abandonnée. Un calvaire de pierres dominait la scène.

  Lemon ne vit personne mais un poids colossal lui tomba sur les épaules tandis qu'une corde s'enroulait autour de ses jambes. Le nez dans la poussière et de rares herbes grillées, il sentit qu'on lui tordait les bras derrière le dos et qu'on lui liait les chevilles et les poignets.

  Toute l'opération s'était passée rapidement et ni Lemon ni Emerald n'avaient eu le temps de voir leurs vainqueurs. Ce ne fut qu'en arrivant dans l'espace situé entre le talus et le camion que Lemon s'aperçut que les hommes qui l'entouraient portaient des vêtements dépareillés, d'une seule couleur chacun.

 - Colours ! La résistance... s'écria-t-il.

  Il se sentait subitement parmi des amis même si les sourires à demi-perceptibles en face de lui n'étaient pas francs.

 Le camion qui les embarqua disparut dans la lumière.




  12. Encyclopédie des Couleurs.

 
 MURS :
dans nombre de villes ou quartiers populaires à travers le monde, des maisons sont entièrement peintes de couleurs vives, dont le touriste se demandera souvent la signification ou l'origine.

 En Argentine, le quartier de la Boca de Buenos Aires est ainsi constitué d'habitations colorées en fonction des restes de peinture demeurés inemployés par la réfection des péniches du port, ce depuis les vagues d'immigrations espagnole et italienne du milieu du XIXème siècle. A Burano, ile vénitienne réputée pour ses dentelles, les maisons possèdent selon la coutume des couleurs choisies par les femmes des pêcheurs locaux, et devant permettre à ces derniers de mieux retrouver leur chemin, après une soirée pluvieuse... ou trop arrosée !




Les maisons colorées de Burano

Sources : 
http://www.vivre-venise.com/les-iles-de-la-lagune/burano.html


  Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW.

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