III. LA LIBERTE DES COULEURS (5)

Publié le par Philtomb

    8. Aire libre

 
 L'aéroport présidentiel était une zone ultra militarisée, située à une douzaine de kilomètres du centre-ville. On y accédait par une unique route, contrôlée par des checkpoints de béton espacés de deux kilomètres les uns des autres. Les quatre camions de l'expédition avaient emprunté un chemin de montagne aux limites du carrossable, mais durent stopper avant que la nuit étoilée ne porte plus avant le bruit sourd de leurs moteurs... Les hommes sautèrent sur le sol rocailleux et s'équipèrent en fonction des tâches précises qui leur avaient été allouées quelques heures auparavant. La troupe était aussi silencieuse que l'air doux qui caressait la cime des rochers, et on ne percevait, même en tendant l'oreille, rien d'autre que le craquement des roches dans quelques proches vallées profondes... Les bruits de la nuit se faisaient murmures, comme attendant la promesse d'un éclat de l'aube.


  Lemon et Emerald suivaient en se tenant la main, escortés par deux hommes et la Commandante Flag. Cette dernière avançait d'un pas rapide, félin et athlétique. Tous portaient des combinaisons sombres étanches, des lunettes de vision nocturnes, au moins une arme silencieuse et un stock de chargeurs. Emerald en était encore à se remémorer les quelques gestes techniques lui permettant de se servir de son arme quand l'homme de tête fit un geste du bras, intimant à tous de se coucher dans l'herbe.


  A une cinquantaine de mètres en amont, on distinguait dans la pénombre un tertre sur lequel avaient été érigés des poteaux de ciment reliés par des fils barbelés. Aucune présence humaine n'était visible. L'homme rampa un moment dans l'herbe et attendit. Une minute se passa ainsi, chacun retenant son souffle. Puis l'homme progressa furtivement et rapidement jusqu'à la clôture, portant à ses yeux ses jumelles de vision de nuit. En face de lui, légèrement en contrebas, une aire illuminée d'environ quinze hectares, d'où s'hérissaient deux pistes principales, une tour de contrôle, une petite aérogare, un héliport et divers bâtiments de couleurs blanches. Il chercha des yeux l'embranchement correspondant à une voie ferrée désaffectée et un sourire s'afficha aussitôt sur ses lèvres. L'aire leur était accessible. Ils avaient désormais carte blanche.

 



    9. Arme blanche

 
  Light Blue contemplait, hagard et nauséeux, les débris de la carte informatisée qui jonchaient le sol du réacteur. Navy Lavender et les trois hommes qu'ils tenaient sous la menace de son arme ne cherchèrent cependant pas à en profiter, se contentant de laisser filer les minutes. Quelqu'un allait bien surgir, un garde ou un officier des blousons noirs, ce n'était pas possible autrement...
Soudain, après un infime vacillement, tout fut plongé dans les ténèbres ; néons et ampoules, voyant et écrans, lampes et lampadaires, signaux et panneaux numériques, consoles et interrupteurs, plus rien ne fonctionnait. Le Cube et toute la ville disparurent dans un noir opaque que même la Lune semblait avoir déserté. La sirène stridente fut étouffée. Seul demeurait le léger ronronnement du réacteur, soutenu par une dernière batterie de secours autonome.


  Pas de violence inutile ni de catastrophe écologique, songea Light Blue. Juste la nuit. Silencieuse et efficace. Comme une arme blanche.


  La nuit contre la présidence White avait engagé son bras de fer : un seul en sortirait vainqueur, au petit matin. Light souriait... Il était un imbécile, car il était seul, sans solution de repli, isolé au sein du Cube ; il y avait maintenant des témoins de son œuvre. On dira « C'est lui ! » à son procès. L'histoire écrite par les vainqueurs, peut-être, mais surtout l'Histoire écrite par les survivants... Sera-t-il du nombre ?


  Et dans cette nuit provoquée, le blanc agissait encore sur son âme comme un grand silence, absolu pour tous.

  



Variation autour du Yin et du Yang...


Sources : 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yin-Yang et http://lesbeauxjardins.com/amenagement/FengShui/yinyang.htm


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