III. LA LIBERTE DES COULEURS (6)

Publié le par Philtomb

  10. Code rouge


  Le visage de White était tiraillé par la fatigue d'une nuit blanche, et rendu sinistre de par le jeu d'ombres et de lumières que rendaient les gyrophares des véhicules de secours. Quelques secondes auparavant, il avait enfoncé un bouton qui activait le code rouge présidentiel : lui-même et quelques sommités devenaient des cibles stratégiques et allaient immédiatement être transférés dans un quelconque bunker sécurisé ou extradés quelques heures à l'étranger.

  Du temps. Il fallait du temps pour faire les choses bien, en ordre ; et jusqu'ici, le temps, comme l'espace ou les couleurs, c'était Lui. Et uniquement Lui.

  White se retourna brusquement vers les blousons noirs qui arrivaient en courant derrière lui. L'heure était venue de s'éclipser. Rainbow fut embarqué dans la lourde berline noire qui suivait derrière celle présidentielle et le cortège démarra à l'abri des regards.
 
  Le feu s'étouffait sous les derniers assauts des soldats du feu, tandis que la foule regagnait peu à peu la monotonie nocturne qui était son lot quotidien. Rainbow suivait des yeux le flot de ses pauvres gens, qui rasaient les murs décharnés et noircis de leur cité, se cachant des phares des véhicules tels des rats pris au piège d'une ruelle.

  Aucune lumière pour les guider, aucun âtre pour les réchauffer, aucune étincelle pour les réveiller.


  La ville était noire et les perdait, comme la blancheur de White les avait aveuglés. Au jeu des couleurs, ils étaient à vrai dire doublement perdants.

 
 Mais pourquoi la ville s'était-elle subitement éteinte ? Plus aucun réverbère, ni une seule enseigne lumineuse... Une panne ? Un acte terroriste ?
Rainbow réfléchissait à cela maintenant, la tête posée sur son coude qui était appuyé contre la portière du véhicule. Tout n'était donc peut-être pas si opaque que cela. Une aube était-elle possible ?

 
 La voiture contourna un bloc d'immeubles et s'engagea dans la couronne périphérique. Un panneau signalétique apparu furtivement, indiquant un checkpoint à un kilomètre et demi.




   11. Carte blanche


  La voie était désaffectée depuis les premières années de la Reconstruction. Aucun train n'acheminait plus aucun voyageur de la ville jusqu'ici, et l'aéroport ne servait guère à autre chose qu'aux voyages d'affaires et aux rares vols officiels des chefs d'états venus rencontrer White. Il y avait bien longtemps déjà, lors d'une sortie en cheval dans la forêt, Emerald Green se souvenait avoir entendu ses parents parler de terre vue du ciel, de vol à travers les nuages et même d'accidents d'avions.

  Ça devait être impressionnant, de voler et d'observer la ligne des côtes, le découpage des champs ou les villes défiler sous ses pieds.

  Un homme poussa un cri étouffé.

  Deux coups sourds et une ombre roula sur le côté de l'autre côté du ballast, à un mètre d'une pile de traverses abandonnées. Emerald s'avança et vit dans le fossé l'un des gardes de l'aéroport, assommé et en train d'être ligoté par le résistant qui l'avait heureusement maitrisé à temps.

 D'autres allaient venir.

 On allait les chercher.

 Emerald frissonna intérieurement et demanda à voix basse à Lemon ce qu'ils devaient faire.

 « On continue » fut la seule réponse qu'elle obtint.

 Car pour l'heure, ils n'étaient pas encore repérés et Flag, qui avait sorti un plan, puis donné quelques ordres brefs, leur désigna un bâtiment situé à deux centaines de mètres. Elle leur fit comprendre de courir le plus vite possible. Le terrain était à découvert mais les gardes surveillaient essentiellement les clôtures et l'aérogare centrale.


  Là bas, ils seraient en sécurité.

 
 Elle regarda Lemon, anxieuse, puis l'embrassa sur la bouche, le serrant fortement entre ses bras.





Carte blanche - René Magritte (1965)

Sources : http://www.magritte.be/


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