III. LA LIBERTE DES COULEURS (9)

Publié le par Philtomb

  16. Test du miroir


  Vingt minutes s'étaient écoulées depuis que l'escorte présidentielle avait quitté le Cube, puis franchi successivement les barrages militaires. Elle pénétra dans l'enceinte de l'aéroport et vint s'arrêter, en un demi-cercle parfait, devant le hall principal de l'aérogare, encore plongé dans la semi-obscurité des dernières heures de la nuit.

  White émergea d'un bond du véhicule, surprenant même son propre chauffeur qui ne trouva pas le temps de lui ouvrir la portière, et se dirigea d'un pas décidé vers le directeur des lieux. Celui-ci, accompagné du chef de la sécurité, n'entendit qu'une phrase, qui le stupéfia :

  - Messieurs, je quitte le pays... A jamais ! Mon avion personnel est-il prêt ?

  Dans le court laps de temps qui suivit, nul ne sut vraiment ce qui arriva. Le Professeur Arthur Rainbow, arrivé la hauteur de White, compris l'étonnement général en entendant les mots répétés dans chaque bouche : le Président s'en va ! White quitte le pays !

  - Mais que fais-tu ? lui glissa un Arthur Rainbow interloqué. As-tu conscience de laisser ce pays dans l'ignorance et la misère la plus totale ?! Que cherches-tu à fuir, toi, le fameux Reconstruct...

 
  Trois courtes détonations assourdissantes l'empêchèrent de finir sa phrase. Une boule de feu fit voler en éclat les fenêtres et un mur latéral du bâtiment de maintenance situé à trois-cents mètres d'eux, tandis que des débris étaient volatilisés dans toutes les directions. L'onde de choc était impressionnante : elle souffla l'un des véhicules présidentiel et cribla les deux hommes qui se tenaient à côté, renvoyant White, Rainbow et une dizaine d'autres hommes à terre, les uns évanouis, les autres choqués par un effet de blast dévastateur. Des morceaux de verre et des débris métalliques se mirent ensuite à pleuvoir sur les corps à terre, blessant ou mutilant tous ceux qui s'y trouvaient. White aperçu soudainement son propre reflet, légèrement ensanglanté, dans ce qui restait du rétroviseur intérieur de la voiture détruite quelques fractions de secondes auparavant. Sa tête retomba lourdement sur le bitume. Il entendit, en dépit de son audition perturbée, le pas et les cris des employés de l'aéroport qui accouraient à son secours, avant que de s'évanouir à son tour...

 

 
  17. Verre soufflé


  Un carreau brisé permettait à l'air saturé de la serre de répandre ses effluves dans les couloirs que les services de nettoyage du cube s'activaient actuellement à rendre de nouveau respirables, après l'incendie ravageur. Light Blue et le Glacier, arrivés aux pieds de la gigantesque serre intérieure, savaient l'un et l'autre que l'accès leur était impossible depuis leurs positions, mais non seulement cette fois-ci ils étaient seuls, toutes les caméras de vidéosurveillance étaient rendues aveugles faute de courant, et le courant d'air aux odeurs douces amères leur facilitait la tâche.

  Light fit la courte échelle à son nouveau partenaire et celui s'accrocha sans difficulté sur le soutènement métallique qui venait cercler chacun des grands carreaux des parois de l'orangeraie. Il rampa ensuite sur le toit de la verrière et aperçu enfin le carreau brisé, qu'un coup de pied fini de rendre hors d'usage. Le Glacier retourna aider Light Blue à grimper à son tour sur la serre, qui leur semblait comme un microcosme chaud et humide, relativement épargné par la folie extérieure. Là bas, à la lueur d'une torche et d'une flamme de briquet, ils remarquèrent les reflets des oxydes métalliques bleutés que contenaient certains vitrages colorés, particulièrement travaillés et marqués du nom « White ». En dessous d'eux, une forêt d'orangers tendait ses branches, comme pour mieux attraper les deux hommes par les pieds.






Le souffleur de verre

Sources :
http://www.veramy.com/images/Pages/Verres_bombes/le_souffleur_de_verre1.jpg




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